L’esthétique d’un corpus bilingue : « en moi il y a toujours eu deux pitres ». Écriture et auto-traduction chez Beckett

par Martina Della Casa
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L’une des plus extraordinaires singularités de Beckett, de son œuvre et de son écriture est sans aucun doute leur bilinguisme. Non seulement Beckett alterne l’anglais et le français comme langues d’écriture, mais, avec une constance méthodique, il auto-traduit aussi la quasi-totalité de son œuvre vers l’une ou l’autre langue. Un pensum dans lequel la traduction vient à la fois inachever et complémenter l’original, remettant ainsi complètement en jeu les rapports hiérarchiques qui lient traditionnellement ces deux textes. Cet article envisage donc d’explorer la possibilité d’aborder le processus d’auto-traduction comme deuxième étape de l’écriture, voire comme moment de réagencement d’une recherche de sens in-finie et à la limite du délire que le texte de départ laisse inaccomplie et que le deuxième réactive sous l’égide d’une fidélité toute beckettienne au texte initial: celle de l’échec. En explorant les principes, les modes et les effets de ce processus nous proposons une lecture de l’auto-traduction beckettienne comme forme extrême d’hystérisation de l’écriture, se traduisant dans un corpus bilingue qui laisse ouvert le travail signifiant et fuit ainsi toute objectivation et clôture ultime.
Mots-clés : Écriture, autotraduction, Beckett, hystérisation, corpus.

DOI: 10.17457/IF6_2015/DEL