Avant-propos. Pour une cartographie de l’autotraduction

par Paola Puccini
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L’autotraduction est un phénomène global qui connaît une diffusion importante ; ses contours ne cessent d’être explorés par les cartographes de l’autotraduction qui, surtout depuis une vingtaine d’années, s’appliquent à en dresser les cartes. Le phénomène a une ampleur historique, géographique, littéraire et socioculturelle très significative. Les approches, découlant de différentes disciplines tracent une sorte de carte d’identité, avec ses lignes fondamentales. Ce numéro, présente des questions théoriques et définitoires, des études de cas et des réflexions métalinguistiques de la part des écrivains autotraducteurs ; l’objectif est de participer à une mise au point de la carte identitaire de ce voyage dans l’altérité qu’est l’autotraduction, aventure qui ne cesse de passionner.

Mots-clés : Autotraduction littéraire ; Francophonie ; Canada Francophone ; Maghreb ; Europe

DOI: 10.17457/IF6_2015/PUC1

Francophonie et autotraduction

par Rainier Grutman
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L’autotraduction est un phénomène beaucoup plus courant qu’on ne le croirait dans la francophonie. Il concerne des dizaines d’auteurs « francophones » au sens le plus large, c’est à dire allophones, exolingues. Sa logique est foncièrement centripète. Règle générale, le français est la langue-cible d’autotraductions faites à partir de langues (nettement) moins centrales, qui correspondent aux langues maternelles des écrivains impliqués. Cet article regroupe ces derniers en deux catégories, selon qu’ils ont publié en français après avoir déménagé en terre française (auquel cas on les appellera « migrateurs ») ou que le français fait partie de la configuration sociolinguistique de leur propre communauté (auquel cas on les dira « sédentaires »).

Mots-clés : Autotraduction, francophonie, migrateurs, sédentaires, catégories.

DOI: 10.17457/IF6_2015/GRU

Marius Barbeau et l’autotraduction : le cas du Rêve de Kamalmouk

par Patricia Godbout
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L’article analyse le cas d’ « autotraduction » de The Downfall of Temlaham (1928) de Marius Barbeau (1883-1969), récit « semi-historique », basé sur les témoignages oraux de la tribu amérindienne des Gitksan – peuple de la rivière Skeena, en Colombie-Britannique. Dans les années trente, à Paris, Marguerite Doré en entreprend la traduction française. Au début des années 1940, Barbeau propose sa « traduction » française de Kamalmouk à Eugène Achard et ensuite, en 1943, au père Cordeau, ce qui débouche sur la publication du Rêve de Kamalmouk, en 1948. L’écriture-la réécriture de l’histoire de Kamalmouk en français permet à Barbeau de mettre son expérience ethnologique acquise dans la lointaine Colombie-Britannique en contact avec sa langue et son identité premières. L’esthétique à la base de ce projet consiste à souligner la distance entre le pas et la trace qu’il laisse, entre la voix et le sillon gravé sur le phonographe, entre la publication « originale » et la traduction, entre les notes griffonnées dans les carnets d’un jeune ethnologue canadien-français sur les bords de la Skeena, au début des années vingt, et sa reprise par l’auteur d’âge mûr.

Mots-clés : autotraduction, ethnographie, Marius Barbeau, The Downfall of Temlaham, Rêve de Kamalmouk

DOI: 10.17457/IF6_2015/GOD

L’auto-traduction selon Marc Prescott : entre la fidélité à soi et la cohérence de l’œuvre dans l’autre langue

par Louise Ladouceur
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Après avoir présenté l’auteur dramatique franco-manitobain Marc Prescott et sa production théâtrale bilingue, l’étude se focalise sur les pièces Encore (2003) et Fort Mac (2007). L’analyse s’enrichit de l’interview à Marc Prescott qui illustre la genèse de l’œuvre auto-traduite et sur le rapport qu’entretient l’auteur avec le texte bilingue qu’il compose.

Mots-clés : Autotraduction, théâtre, bilingue, Prescott, entrevue.

DOI: 10.17457/IF6_2015/LAD

Vassilis Alexakis et Nancy Huston au miroir de l’autotraduction

par Valeria Sperti
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Cet article compare la pratique autotraductive de Vassilis Alexakis avec celle de Nancy Huston. Bilingues tardifs, ils partagent le début littéraire en français et une autotraduction atypique, bidirectionnelle, contemporaine à la rédaction de l’original où l’exil, bien que choisi, joue un rôle motivationnel important. L’analyse se penche sur les asymétries psychologiques et linguistiques qui ont poussé ces deux écrivains à écrire et à s’autotraduire pour repérer la relation que leurs textes développent avec les réseaux littéraires des pays respectifs et pour mieux comprendre leur attente d’autotraducteurs. Une lecture des différences entre les titres français et les titres anglais des romans hustoniens fait ressortir un déséquilibre significatif. Quelques considérations sur les rapports entre autotraduction et réécriture dans la production de Vassilis Alexakismet en lumière un dynamisme scriptural qui est à la base de nombreuses rééditions revues par l’auteur.

DOI: 10.17457/IF6_2015/SPE

L’autotraduction comme malheureuse nécessité : le cas de La Maculée/sTain de Madeleine Blais-Dahlem

par Paola Puccini
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Cette étude analyse l’édition de La Maculée/sTain publiée en 2012, qui contient la pièce de Madeleine Blais-Dahlem dans sa double version, l’original en français et l’autotraduction en anglais, avec des paratextes distincts. Le but est d’examiner d’abord les éléments qui indiquent un déplacement ou un mouvement de la version française à la version anglaise ; ensuite les éléments qui dessinent un mouvement contraire, de la version anglaise à la française ; enfin l’analyse approfondit l’aspect d’un nouvel espace créé par le croisement de ces deux mouvements opposés.
Mots-clés : Autotraduction, Blais-Dahlem, Maculée, sTain, bilingue.

DOI: 10.17457/IF6_2015/PUC2

Se traduire au quotidien

par Licia Canton
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Cette contribution, à la fois personnelle et poétique, illustre ce que signifie vivre à Montréal pour une femme d’origine italienne qui parle un dialecte vénitien (el cavarzeran), l’italien, l’anglais et le français. Habiter Montréal veut dire négocier entre les cultures et les langues au quotidien, vivre dans un monde de traduction. Le poème de Canton Chi non viene/Ceux qui ne viennent pas est présenté dans ses deux versions.
Mots-clés : Montréal, Canton, langues, dialecte, traduction.

DOI: 10.17457/IF6_2015/CAN

La langue à l’intérieur de mes langues

par Gianna Patriarca
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En réfléchissant sur son travail poétique, Patriarca souligne comment la langue anglaise, devenue sa langue maternelle, n’est pas la seule à nourrir ses émotions, ses pensées et ses idées mais il y a aussi les sons du ciociaro (sa première langue) et de l’italien. La langue de ses poèmes constitue donc la trilogie d’une langue. La traduction de certains poèmes d’une langue à l’autre, du ciociaro à l’anglais, par exemple, crée des effets particuliers qui changent la perception du lecteur et de l’auteure elle-même.
Mots-clés : Patriarca, poésie, ciociaro, anglais, italien.

DOI: 10.17457/IF6_2015/PAT

Junun de Jalila Baccar : le personnage de Nun et l’expression du Moi entre arabe et français

par Chiara Lusetti
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Nun, jeune schizophrène tunisien, est le protagoniste de Junun, pièce théâtrale de Jalila Baccar, écrite en arabe tunisien et autotraduite en français. La manière dont Nun parle de lui-même est essentielle pour la compréhension de son aliénation. La réflexion sur le Moi de Nun découle tout d’abord de sa capacité de dire « je » et se décline à travers une réflexion sur la décomposition de son Moi intérieur. Bien que le contenu des deux versions de la pièce soit globalement le même, la traduction de cette expression de soi comporte des variations qui résultent des différences entre les langues et de la nature théâtrale du texte.
Mots-clés : Autotraduction, théâtre, langue arabe, langue française, pronom sujet

DOI: 10.17457/IF6_2015/LUS

Quand les préfixes se cumulent : la « pseudo-auto-traduction »

Fabio Regattin
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L’étude s’interroge sur la pratique de l’autotraduction ou plutôt sur la pseudo-auto-traduction en proposant trois cas littéraires (Boris Vian, J’irai cracher sur vos tombes ; Gabriele D’Annunzio, Le Chèvrefeuille/Il ferro et La ville morte/ La città morta). Dans le sillage de la traductologie descriptive de Gideon Toury, ces cas de pseudo-auto-traduction suscitent l’hypothèse de la notion d’hétéro-traduction revue directement par l’auteur, utile à rassembler les nombreux cas de pseudo-auto-traduction camouflés en auto-traduction. 
Mots-clés : autotraduction, pseudo-auto-traduction, hétéro-traduction, Vian, D’Annunzio

DOI: 10.17457/IF6_2015/REG

L’esthétique d’un corpus bilingue : « en moi il y a toujours eu deux pitres ». Écriture et auto-traduction chez Beckett

par Martina Della Casa
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L’une des plus extraordinaires singularités de Beckett, de son œuvre et de son écriture est sans aucun doute leur bilinguisme. Non seulement Beckett alterne l’anglais et le français comme langues d’écriture, mais, avec une constance méthodique, il auto-traduit aussi la quasi-totalité de son œuvre vers l’une ou l’autre langue. Un pensum dans lequel la traduction vient à la fois inachever et complémenter l’original, remettant ainsi complètement en jeu les rapports hiérarchiques qui lient traditionnellement ces deux textes. Cet article envisage donc d’explorer la possibilité d’aborder le processus d’auto-traduction comme deuxième étape de l’écriture, voire comme moment de réagencement d’une recherche de sens in-finie et à la limite du délire que le texte de départ laisse inaccomplie et que le deuxième réactive sous l’égide d’une fidélité toute beckettienne au texte initial: celle de l’échec. En explorant les principes, les modes et les effets de ce processus nous proposons une lecture de l’auto-traduction beckettienne comme forme extrême d’hystérisation de l’écriture, se traduisant dans un corpus bilingue qui laisse ouvert le travail signifiant et fuit ainsi toute objectivation et clôture ultime.
Mots-clés : Écriture, autotraduction, Beckett, hystérisation, corpus.

DOI: 10.17457/IF6_2015/DEL

Company/Compagnie de Samuel Beckett : face à un miroir déformant

par Gisela Bergonzoni
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Cette étude a pour objet d’analyser les deux versions de la nouvelle de Beckett Company (1979)/Compagnie (1980) et l’adaptation télévisée de la pièce beckettienne Quoi où (1983). On focalisera l’attention sur la confluence entre les deux langues dans les textes littéraires ; sur les effets de transmutation (des anglicismes dans le texte français et des gallicismes dans le texte en anglais) ; et sur la l’idée originale du miroir déformant dans la version télévisée de la pièce Quoi où.
Mots-clés : Beckett, Compagnie, Quoi où, miroir, adaptation.

DOI: 10.17457/IF6_2015/BER

C’est un peu l’histoire qui a décidé de moi…

Vassilis Alexakis (Propos échangés avec Valeria Sperti)
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L’écrivain Vassilis Alexakis, interviewé par Valeria Sperti, met à nu sa pratique autotraductive du grec en français et vice-versa. D’un côté, il est question de changement de références culturelles et d’affirmation des origines, de l’autre, d’un propre style d’écriture que le lecteur doit reconnaître, ainsi que de liberté et de silence de la littérature. Selon Alexakis « la langue originale c’est la traduction, parce qu’elle est plus travaillée que l’original ».
Mots-clés : Autotraduction, Alexakis, culture, Grec, Français

DOI: 10.17457/IF6_2015/ALE